The Party

Interview sur « The Party » par Raquel Racionero

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The Party – Melesse – 4 dec 2015

Nom et formation théâtrale / Impro

Christophe Le Cheviller

Improvisateur depuis 25 ans. Comédien professionnel depuis 20 ans, notamment à la Puzzle Compagnie à Rennes. J’ai expérimenté un grand nombre de formes de spectacles d’impro (matchs, cabarets, catch…), j’ai fait pas mal de théâtre et j’ai une formation en arts plastiques. Depuis 2 ans, metteur en scène pour la compagnie« la morsure » avec Marie Parent, comédienne improvisatrice.

Nom de la compagnie

La Morsure

Comment définirais-tu l’improvisation théâtrale ?

La spécificité de l’improvisation est d’écrire du théâtre à vue, sur scène. De travailler la matière TEMPS, et ESPACE au présent. De s’inscrire avec force dans l’ici et le maintenant. De mettre à nu l’acte de création artistique. Cette sculpture du temps présent se fait à la vue du public.

Pour résumer, La particularité de l’improvisation est de montrer l’oeuvre pendant qu’elle se crée.

The Party – Melesse – 4 dec 15

Comment a varié ta conception de l’impro depuis que tu l’a découverte pour la première fois ?

Ma conception de l’improvisation n’a pas énormément évolué pendant 20 ans. C’est à dire que je me suis interressé d’avantage à la forme, qu’à ce que je voulais dire avec l’impro. Je ne savais pas vraiment ce que je voulais en faire, ni peut-être pourquoi j’improvisais. En tant que professionnel, j’ai tenté de questionner ma pratique, Dans un sens, mais très différent de celui que je questionne aujourd’hui. Je pense que j’ai disséqué, examiné, essayé de comprendre ce qu’était l’impro, comment l’utiliser. J’avais l’intuition que je pouvais en faire quelque chose d’autre, que je pouvais l’amener ailleurs, mais je ne savais pas trop comment faire.

Et puis il y a 3 ans, j’ai eu une sorte de déclic, j’ai commencé à choisir ce que je voulais raconter dans mes spectacles. A utiliser l’impro pour raconter quelque chose de particulier. A contraindre les comédiens. A réfléchir à une dramaturgie, à une esthétique. A utiliser l’impro comme un outil, non plus comme une fin en soi. ceci était assez déroutant, car cela m’obligeait à me remettre profondément en question.

Le spectacle fondateur de la compagnie est We are Family, créé en 2015. Un spectacle d’improvisation à trame, avec 3 comédiens (Laurent Mazé, Lionel Chouin et Marie Parent) qui raconte l’histoire d’une famille au bord de l’explosion. Nous développons depuis plusieurs déclinaisons de ce spectacle (Le banquet, le bordel…).

The Party – Melesse – 4 dec 15

Comment définirais-tu les différences entre l’Impro et le théâtre de texte ?

Pour moi la différence la plus importante, est qu’avec le texte, on accepte l’idée de se mettre au service d’un auteur, et d’un metteur en scène. Que l’idée répandue, est que l’improvisateur est son propre metteur en scène, auteur et interprète. Mais il me semble évident, qu’un acteur seul est dans l’impossibilité d’imaginer, incarner, mettre en scène, alors qu’il doit déjà jouer sa propre partition qu’il écrit au présent. Ce principe a une limite obligée. Ainsi, l’improvisation est peut-être condamnée à une certaine superficialité, de forme ou de fond, même si elle plaît beaucoup de part sa spontanéité.

Je pense qu’il est possible de créer des spectacles improvisés qui servent un propos plus large, une dramaturgie. Paradoxalement, en se mettant au service d’un « Meta-auteur », l’improvisateur peut se concentrer sur son personnage, ce qu’il ressent, affuter son écoute et enfin de sortir de sa dualité de « constructeur-acteur », et développer une puissance d’auteur et d’acteur encore plus grande.

Le format de The Party s’éloigne beaucoup de conventions de l’Impro :

Oui. Cela m’a amusé d’interroger plusieurs conventions, évidences. Je les ai abordées comme une matière au travail. Mais ce n’était pas seulement pour provoquer, c’était avant tout pour raconter quelque chose. On parle actuellement beaucoup d’impro organique. Mais qu’est-ce que ça veut vraiment dire ? Que met-on en place sur scène pour y arriver. 

The Party interroge la notion d’écoute, en le mettant dans l’incapacité d’entendre tout ce qui se passe sur scène à cause de la musique. Il oblige l’acteur à lâcher prise en le mettant au même niveau que son personnage. Comme dans la vie, on ne peut pas tout voir, tout entendre, tout savoir. L’acteur est obligé de se laisser faire par le spectacle, suivre la structure. S’il veut survivre, il doit jouer sauvagement.

Ainsi, l’acteur, dans The Party, ne doit pas être plus intelligent que son personnage. Il doit s’incarner.

The Party – Melesse – 4 dec 15

Dirais-tu que l’enfant intérieur s’est fatigué de jouer et que maintenant il veut explorer les plaisirs adultes ?

Oui. J’ai depuis longtemps assez peur de devenir un vieil improvisateur ringard. Qui fait toujours les mêmes choses immatures. Restant dans sa zone de confort. Alors, il y a 5 ans, je me suis mis au travail, et j’ai décidé de changer ma façon de jouer, et d’appréhender les impros. Je ne sais pas si c’est mieux qu’avant, mais le travail est salutaire, et m’a au moins permis d’avoir moins peur, même si ça ne protège pas forcément d’être vieux ou ringard 😉

Pour moi, l’improvisation est un art jeune et immature, mais qui semble passer à l’âge adulte en ce moment. Elle se transforme. Devient plus profonde, plus travaillée, plus raffinée. 

J’ai tellement cherché comment transformer la matière improvisée dans un spectacle. Longtemps, j’ai créé des decorums, des formes… Je ne trouvais pas comment agir sur la façon d’improviser elle même. J’en avais envie, mais je n’arrivais qu’à aborder les choses par l’extérieur. Jusqu’au moment ou j’ai choisi de défendre un propos, de devenir auteur à mon tour, et de faire en sorte que les comédiens défendent et s’approprient mon message, mon esthétique. C’est le chemin que j’ai trouvé personnellement, mais je reste persuadé qu’il y en a une infinité d’autres à explorer. Je crois vraiment que nous entrons dans une nouvelle ère pour l’improvisation. Le choses bougent beaucoup. Le nombre de « concepts » originaux augmentent sans cesse. Le nombre de blogs sur l’impro évolue : on écrit maintenant. 

Où naît The Party ?

The Party est d’abord née d’une envie de travailler sur l’adolescence. De créer un spectacle sur des jeunes qui font une fête qui se terminera en Chaos, puis en tragédie. Puis en travaillant avec des adultes, j’ai ouvert le concept à des adultes. Puis je l’ai structuré en 3 parties, avant, pendant et après la fête. J’avais décidé des traitements, de la mise en scène, et puis le spectacle a évolué, s’est affiné à force de le jouer.

Ce spectacle naît aussi de l’envie de travailler sur le Chaos, et de contraindre le spectacle à une esthétique. D’y réfléchir, de l’affirmer et en être garant.

Quelles sont les sources principales d’inspiration pour créer ce format ?

Ma source principale d’inspiration est la tragédie, Shakespeare et puis le rock n’roll :-).

Je suis aussi très inspiré par la peinture ou les arts plastiques : Marina Abramovich, Les expressionnistes abstraits, Kandinsky, Klimt… En théâtre j’aime Pommerat, Ostermeïer… Ma rencontre avec l’improvisateur Joe Bill a été capitale dans son approche Fuck or Fight et son rapport au Chaos. Et puis J’ai la chance à la morsure travailler avec une autre artiste, Marie Parent, avec qui nous continuons de travailler, d’explorer et interroger l’improvisation au sein de la morsure.

Un concept sur lequel on insiste beaucoup : Définissez le concept de FUCK THE STORY.

Fuck the Story, interroge la notion de lâcher prise. C’est essayer de ne pas raconter une belle histoire bien construite au profit de la réactivité, de la spontanéité. Ce principe m’intéresse et est possible à jouer dans les spectacles, car je m’occupe de la dramaturgie, de la trame du spectacle. Et dans The Party, je ne permets pas à l’acteur de tricher, puisque de toute façon, il ne pourra pas construire d’histoire, au delà de la sienne propre, qui va enrichir toutes les autres. C’est pour cette raison, qu’à mon sens, malgré les apparences, The Party est vraiment un spectacle organique.

The Party est-elle une excuse pour agir un ivrogne ?

Dans the Party, les acteurs peuvent boire de l’alcool sur scène. Ça aussi c’est organique. Tout est vrai. Et cela met l’acteur dans un état de concentration différente. Après, je n’ai pas vraiment de réponse. Je n’ai jamais eu d’acteur saoul pendant le spectacle. L’effet de l’alcool arrive souvent après. C’est assez drôle de retrouver les comédiens ivres après. Mais en général, les comédiens font attention à ne pas être trop ivres, pour profiter vraiment de la fête. Et puis c’est du théâtre :-).

Quel message y a-t-il derrière ce format ? cherches-tu un type de réflexion ou seulement nous montrer la crudité et les extrémités qu’un être humain peut atteindre ?

J’aime travailler sur l’extrême banalité de nos vies. Sur les vrais-faux moments de bonheur fabriqués. The Party est l’endroit où les faux semblants et les masques tombent. La vérité nue. L’oublie de notre condition dans le divertissement. The Party, c’est drôle, mais c’est sauvage et cru. Au moment du drame, de la tragédie, quand on coupe la musique, il n’y a plus que nous, au milieu des autres, face à notre solitude.

quelle classe de moteurs doivent utiliser les improvisateurs dans ce format ?

Le comédien doit utiliser des moteurs très simples et très concrets. Il doit naviguer entre l’Eros et le Thanatos, le Fuck et le Fight. Il ne doit pas chercher à projeter son histoire sur la durée du spectacle, ça ne marchera pas. Il ne doit s’occuper que de son histoire à lui, ses relations, et jouer les situations du présent. Ses projections lui sont propres et vont lui permettre de tenir et développer son personnage pendant tout le spectacle.

Quelle est ta chanson « Honteuse » favorite ?

La chanson « honteuse » pour moi est un fil conducteur dans quasiment tous les spectacles de la morsure. Elle appelle la nostalgie, et une légère culpabilité d’aimer une chanson ringarde. Ma chanson honteuse préférée (Pour d’autres elle ne serait pas honteuse) est : Show must go on, de Queen. Le spectacle se termine d’ailleurs souvent par un ballet improvisé sur ce titre. Honteuse parce que Queen c’est super, mais c’est quand même too much 🙂

Un des acteurs de The Party a-t-il oublié complètement ce qu’il avait fait ?

On peut oublier certain passages, car le spectacle en lui même est enivrant. C’est un peu comme une centrifugeuse : ça tourne très vite. Mais une amnésie totale, non quand même pas.

Merci à vous pour votre curiosité, et surtout merci à Raquel Racionero pour son soutien et son gros travail de traduction.

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