L’improvisation

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Écrire de l’improvisation

« Pour qu’il y ait du théâtre, il faut d’abord qu’il y ait du noir et du silence. C’est pour ça que toutes les pièces de théâtre commencent par « Allume ! » et « Qui parle ? » Le théâtre, c’est toujours ce qui sera dit demain. Il est 20h29 et je n’ai toujours rien écrit. Dans les loges, les comédiens maquillés attendent leur texte. Dans la salle, le public attend que le rideau se lève. » Philippe Dorin

Nous concevons , à la morsure, le rôle d’auteur, et l’écriture de spectacle en particulier comme un processus vivant. Pour nous, le spectacle pré-existe, et notre travail, est de le rendre visible au public. Nous pensons au spectacle dans sa globalité, à son rythme, sa construction, sa dramaturgie, aux personnages,  à leurs relations.   

Nous envisageons l’improvisation comme une matière vivante, permettant de créer un socle solide sur le quel les acteurs/auteurs pourront se reposer et donner une puissance exponentielle au propos. Nous souhaitons créer un propos et une esthétique forte, une mise en scène réfléchie, qui sera au service des improvisateurs et de l’oeuvre.   

Le problème principal de l’improvisateur est lié au fait qu’il doive être à la fois auteur et interprète. Ceci empêche un engagement entier puisqu’il est chargé de ces deux missions opposées : écrire et incarner. Il est possible de créer des spectacles improvisés qui servent un propos plus large, une dramaturgie. Paradoxalement, en se mettant au service d’un « Meta-auteur », l’improvisateur peut se concentrer sur son personnage, ce qu’il ressent, affuter son écoute et enfin de sortir de sa dualité de « constructeur-acteur ».

Ce parti pris d’écriture au plateau permet de favoriser la connexion entre les acteurs, et le jeu au présent, de décharger le comédien de la construction intellectuelle, au profit d’un jeu plus instinctif. Pour se faire, nous nous en remettrons à une structure pré-établie, qui permettra de se libérer pour simplement être et inter-agir.

Pour nous, l’improvisation peut être une forme théâtrale à part entière lorsqu’elle s’empare d’universalité, comme toute autre œuvre. Elle permet de rendre visible au public et d’intégrer le processus créatif à l’œuvre elle même. L’œuvre est à la fois le peintre et la toile, tous deux indissociables. Il s’agit d’utiliser l’improvisation comme un moyen et non plus comme une fin.       

Notre rapport au spectateur

Le spectacle vivant en général et l’improvisation en particulier est une expérience non reproductible. A chaque fois qu’il est joué , un spectacle d’improvisation est forcément différent puisque par définition il est  une forme à géométrie variable.

Le jeu de tout artiste est influencé par ce que sa vie a fait de lui, il est le produit de son passé, par les événements qu’il a traversé et les relations qui l’ont modelé. Pour le comédien et l’improvisateur en particulier, le contexte du proche et de l’instant est déterminant. Le fait que les acteurs soient au plus proche des spectateurs, qu’ils partagent le plateau avec eux va impacter alors forcément la forme du spectacle le rendre unique. Lui donner la puissance de l’aura (hic et nunc) telle qu’elle est définit par Walter Benjamin. Empêcher sa déperdition et le réduire le risque que l’oeuvre ne se fane.

Nous pensons nos spectacles dans l’absolu comme une expérience personnelle (intime?) et physique toute particulière. Outre l’effacement du 4ème mur, en partageant également la table et les plaisirs qu’elle offre avec leur semblable et le public, les comédiens et les spectateurs vont vivre une expérience  sensorielle  commune. Elle va accentuer alors cette dimension physique de manière déterminante , connectant alors d’autant plus fort alors ce qui peut lier puissamment les spectateurs entre eux aux comédiens et à l’oeuvre elle même. En ayant mobiliser d’autres sens que la vue, le spectateur sera plongé, immergé dans le spectacle pour le percevoir plus pleinement sans doute.

Cette proposition artistique veut donc aussi affirmer le théâtre et l’improvisation comme une expérience intime et collective, unique, à l’adresse toute particulière des spectateurs dans cet ici et ce maintenant.

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