CAR POUR MORDRE ON NE DEMANDE PAS LA PERMISSION
Comment dire l’enfermement sans le reproduire ? Comment transmettre
ces expériences sans les figer ? “Les sens de la porte” explorent ce seuil
entre l’intime et le collectif, entre ce qui doit être entendu et ce qui ne
peut être capturé que dans l’instant de jeu, essayant de rendre
conciliable ce qui ne peut l’être.
Pendant le spectacle sur scène, une multitude
Cette performance, écrite et improvisée, donne à voir un passé
remémoré par les voix et les corps, des expériences multiples parfois
incompatibles, et la confrontation entre l’historien·ne et ses sources,
entre l’interprétation et la fugacité des récits.
D’une enquête scientifique, la recherche s’est faite artistique puis autre,
objet hybride, dialogue heurté et fécond entre science et théâtre. D’un
élan à deux, elle s’est pensée à quatre puis à dix-sept. De collective, elle
est devenue individuelle, chacun·e menant sa propre enquête alors que
se nouaient et se dénouaient les pistes de recherche communes. Si les
histoires, les souvenirs et les anecdotes se sont précisées, le passé de
Jacques-Cartier reste lui insaisissable.
Cette œuvre théâtrale est créée à partir de récits d’enfermement, en
donnant aux participant·es une place centrale dans l’écriture et le jeu.
L’improvisation devient à la fois un moyen de collecter leurs témoignages
ainsi qu’un objet artistique et de médiation. La parole de chacun.e est
alors une source active, mouvante, qui conserve son identité propre, son
authenticité, sa liberté de ton, capturée dans la trame d’un spectacle
pour un instant éphémère. Grâce à l’improvisation, les acteur·ices de la
performance ne sont pas seulement objets d’étude mais aussi sujets.
Car, en définitive, c’est à elleux que revient le dernier mot.
PENDANT LE SPECTACLE
On voit des acteurs, des actrices de la prison Jacques-Cartier
Un homme insoumis
Il y a 3 anciens détenus et peut-être 4
2 travailleuses sociales
8 femmes et 9 hommes
Des frères, sœurs, enfants de détenu·es, des ami·es aussi
Un apprenti boulanger devenu surveillant
Des artistes, qui jouent et mettent en scène et se mettent en scène
On entend des chercheurs, des chercheuses
Il y a des membres de l’association Cartier Libre
Un enfant devenu adulte qui a appris à faire du vélo dans la cour de
Jacques-Cartier
Un homme qui voyait-entendait Jacques-Cartier de sa fenêtre
Un ancien détenu mais pas au 56 boulevard Jacques-Cartier
Un surveillant gradé qui y a passé toute sa carrière
Un homme incarcéré quand il était mineur,
Puis jeune adulte puis qui n’est jamais revenu
On y voit encore le fils d’un homme incarcéré pendant la Seconde
Guerre mondiale
On sait qu’il y a une femme qui a été en stage à 20 ans il y a 40 ans
Une femme plus jeune encore, en stage aussi
Un gréviste de la faim
Un homme dont la cellule était au grand quartier
Un homme dont le père a écrit ses mémoires
Une doctorante
Un formateur de surveillant
Il y a enfin un médiateur du patrimoine
Un bénévole de brin de soleil, une ancienne du GÉNÉPI
Des voisins, des voisines de Jacques-Cartier
Des professeur·es d'histoire-géo, deux universitaires
Une enseignante en philosophie bénévole en détention
…
TOUTES ET TOUS ont une expérience de/à JACQUES-CARTIER
ET CHERCHENT ENCORE ENSEMBLE LES SENS DE LA PORTE.