Compte rendu personnel du labo processus créatif de Bérengère

Marie Parent, Bérengère Lebâcle et moi-même avons commencé une série de labos au théâtre la Paillette MJC, sur le processus créatif. Nous invitons à chaque fois, pendant 2 jours, des comédien.nes et des metteur.euses en scène afin de confronter nos différents processus, essayer de les comprendre, les identifier et qui sait, trouver un universel. Cette première séance, nous avions invité Frédérique Mingant à nous rejoindre.

Dans ce compte rendu sensible et subjectif, je tente d’analyser mon processus personnel tout en en essayant de tendre vers un objet artistique à part entière. Dans ce cadre, Marie, Bérengère et moi proposons tour à tour une séance de travail aux autres participant.es.

J’ai été assez déstabilisé par la séance de Bérengère. Réfractaire pour être plus honnête. Je ne voulais pas faire les exercices. C’était des jeux de déplacement sur le plateau. Entre autres consignes, nous devions utiliser des cordes comme accessoire. Nous devions  aussi chanter à chaque fois que l’on s’arrêtait, marcher en rythme, s’arrêter ensemble. Le but de Bérengère était certainement de voir ce que nous créions avec ces contraintes. Mais tout de suite, je me suis dit que ça n’allait pas me le faire.  Ça ne m’intéressait pas. Ce n’est pas ce dont j’avais envie. Je résistais.

D’une manière générale, lorsqu’on me donne une consigne, je résiste. Ça me tend. Pour éviter d’être dans le refus, pour ne pas perdre mon temps et être poli, j’ai commencé à inventer des nouvelles règles qui m’intéressaient (J’ai essayé de le faire les yeux fermés afin de ressentir le rythme des autres, de défaire les nœuds très longtemps… ) J’ai un peu souffert mais tout ceci m’a permis à un moment de me détendre et de lâcher prise.

À la fin de ces exercices, Bérengère nous a demandé de préparer une performance en 30 minutes, en utilisant ce qui pour nous avions traversé l’heure d’avant. Autant dire que ce n’était pas simple pour moi, mais j’avais déjà le début de mon texte : « ca ne va pas me le faire ! » en plus je savais aussi que je voulais faire une chose opposée à ce que je disais, dire non mais suivre les consignes physiques que nous avions abordées.

Je me suis assis et j’ai commencé à écrire sur mon carnet ce que je pensais faire. J’aime prendre des notes en vrac, remplir des pages avec plein d’idées. J’ai souvent besoin de verbaliser pour construire. Mais cette fois, dans ce contexte, les notes sont devenues un texte tentant d’expliciter mon processus créatif. C’est une chose que j’essai de faire en général dans mon jeu d’acteur et en particulier dans la Meta. J’écrivais en même temps ce que je pensais et ce que j’allais faire.

Le texte suivant a été écrit d’un jet pendant ma préparation de performance. Je ne sais pas trop si ce texte est très explicite pour les autres mais il donne à entendre ce qui est dans ma tête quand je réfléchis, quand je crée.

Ecriture automatique du processus créatif

On a commencé par un échauffement physique et rythmique et déjà je me suis dit que ça allait être compliqué. Suivre les règles c’est compliqué. Ca me menace. Puis un deuxième jeu qui vient me menacer. Occupation de l’espace. Être à l’intérieur. Ne pas vexer Bérengère mais trouver ce qui m’intéresse moi dans ce jeu. Accepte. Ne dis pas non. Tu ne sais pas. Ca peut être super. Si tu sais. Non tu ne sais pas. Puis accepter. Puis la petite sirène. Dire. Lire un texte. Ce texte est bien mais je n’ai pas envie de le lire. Les mots d’une autre je ne veux plus.

Il me reste 18 minutes pour trouver. Comme pour le jeu, je résiste à la consigne. Et j’écris. Je suis contrarié mais j’y travaille. Puis je me rappelle les consignes comme le jeu. Je me rappelle les cordes sur le sol. Quel a été mon cheminement ? Puis la chanson. Je pense que je vais revivre le cheminement des cordes en racontant soit ce que j’ai traversé, soit ce que je voudrais faire ou dire le texte de « la Sirène ». J’ai aussi l’idée de mettre un tas de corde à démêler, ce qui est quelque chose que je déteste faire. Puis je cherche la chanson de la petite sirène. Puis je repense à « Maman les petits bateaux ont-ils des jambes ». La petite sirène elle veut des jambes mais elle donne sa voix pour les avoir.

Je vais dessiner mon espace en revivant le jeu précédent de déplacement dans les cordes + ma narration + la chanson. Mettre à nu le processus créatif.

Puis j’ai répété 15 minutes pour ancrer la démarche dans mon corps.

Je ne suis sûr de rien mais je reviens m’asseoir. Je vais oublier tout ce que je voulais faire. L’échauffement – La menace – les règles – La soumission – Puis essayer de respecter les règles – Maman les petits bateaux… Je ne voulais pas chanter de chanson enfantine. J’avais honte. Mais il n’y avait que ça qui venait. Ca et « J’aime les filles » de Dutronc Mais avec le groupe de femmes  ça ne l’aurait pas trop fait. Alors j’ai chanté Trénet. La mer. C’était un compromis. Mais je vais quand même chanter « Maman les petits bateaux » pendant ma perf, c’est plus pertinent.

A la fin, Bérengère nous a proposé de répondre par écrit à quelques questions

Questions bilan de Bérengère après la performance

1/ Peux tu expliquer ton processus de création

  • Résistance. Tension. Insécurité. Rejet des consignes. Peur
  • Diversion. Me rassurer. Trouver des espaces d’évasion. Sorties de secours. Inventer de nouvelles règles. Faire des blagues.
  • Sécurisation. Je rentre dans le travail à ma façon avec mes nouvelles règles.
  • Réappropriation. Je réintègre les règles refoulées aux nouvelles et je les mixe aux miennes. J’intègre grâce à la diversion.
  • Être au « Jeu » et au « Je »

2/ Qu’est-ce que tu as pris des outils et de l’expérience d’avant pour ta performance ?

  • Le rapport à l’espace
  • Mon ressenti durant l’exercice
  • La corde
  • Chanter quand on arrête de se déplacer

3/ Qu’est-ce qui t’a intéressé ou manqué ?

  • La conscientisation de mon état pendant le process.. Ce qui m’échappe quand j’essai de contrôler. Pour reformuler : l’explicitation du processus est un espace de contrôle qui dit qui/que je suis et me permets de lâcher prise. Ce qui est contre intuitif et un paradoxe.

4/ Qu’est-ce qui t’a mis en difficulté, en insécurité

  • Je pense que c’est clair… Se soumettre. Disparaître dans. Ne pas comprendre est un processus de défense chez moi. Quand je dis que je ne comprends pas une consigne, il faut entendre que je suis en insécurité et que je ne veux pas suivre la consigne.

5/ Qu’est ce qui résonne avec ton travail

  • La beauté contraire ou contrariée. Faire une chose alors que l’on dit le contraire. La transgression.

Ca c’était le premier jour.